En suspencion dans le vide, entre quelque chose qui s'est brisé et quelque chose qui se brisera. Je hais les choses d'être si instables, éphémères, fragiles. Je hais les personnes d'être si lâches et si creuses. Comment une parole, comment le doux effleurement d'une pensée peuvent-ils faire s'effondrer des monuments d'espoir ? Comment une phrase peut-elle transpercer de part en part un crâne, une cage thoracique ? Une parole ce n'est rien que quelques sons qui s'écrasent et se perdent sur les murs du silence... Comment peut-elle donner l'impression que les tempes se fissurent et que les os se brisent ? Ce n'est même plus de la douleur morale, c'est une douleur physique, palpable, qui marbre la peau de milles rainures haineuses pour ne jamais se faire oublier. Comment peut-on s'abandonner sous la délicieuse pression d'une pensée qui s'écoule dans le crâne comme un torrent furieux ? C'est si facile de fermer et de se laisser se noyer... L'âme vacille et on devient quelqu'un d'autre. Rien n'est solide, tout se craquelle, implose et explose... Même la roche s'effrite. Je me cogne aux parois de mon vide intérieur.
Ce soir, même les mots m'en veulent...
